Créer la confiance et l’intimité en tant que Coach Professionnel

Parmi les onze compétences du coach professionnel telles que définies par l’International Coach Federation, figure la capacité de créer la confiance et l’intimité avec son client. C’est là, entre autres, que le coach professionnel va marquer sa différence. Extraits du webinar que Sylviane Cannio, MCC, a donné chez ICF Belgique*.

Comment créer la confiance ?
Construire une relation de qualité se fonde sur une confiance mutuelle entre le coach et son client. Elle passe par la façon dont le coach met son client en confiance, dont il encourage les actions du client et dans le processus lui-même.

Du point de vue du coach, il s’agit d’abord de bâtir la confiance en soi, de se mettre en confort grâce à beaucoup de pratique, à la certification ICF et tabler sur son expérience professionnelle et de vie. Egalement de s’aligner par rapport à ses valeurs, son rôle en tant que coach, sa raison d’être de ce métier : aider l’autre sans se perdre soi, l’amener à l’action, apporter plus d’humanité dans les relations et dans l’entreprise, etc. Etre clair sur ces points donne automatiquement confiance au client : il voit que son coach est une personne sérieuse et cohérente, en apprentissage permanent, certifiée ou en voie de l’être, bref en qui il peut faire confiance.

Du point de vue du client. La confiance s’établit également du coach vers son client. Si le coach n’est pas convaincu que le client est capable de mener ses projets à bien et en a le talent, il ne peut l’accompagner en respectant la parité. C’est en ceci, notamment, que l’on définit le coaching par rapport à d’autres professions telles que le conseil, la formation ou la psychothérapie, à savoir que le coach se place à parité parfaite avec son client. C’est le client qui accomplit l’action, qui est le champion – le coach reste sur le banc et a l’humilité de se placer dans l’ombre de son client – d’où la nécessité d’un réel travail sur soi pour arriver à bien dimensionner son Ego et trouver sa juste place. Le coach qui ne respecte pas la parité se retrouve soit dans la position de l’expert et aura tendance à poser des questions dirigées, à vouloir conseiller (dommage, c’est autant d’éléments que le client n’aura trouvé lui-même !), et à développer une position de supériorité. A contrario, s’il ne se sent pas à la hauteur, donc en parité, il se privera de belles confrontations et mises au défi intéressantes, de questions puissantes et ne déploiera pas tout son talent. Perte d’énergie dans les deux cas !

Du point de vue du processus. Le coaching est vraiment puissant puisque c’est le client lui-même qui décide de ses propres actions et se met en mouvement. Encore faut-il que le client se sente en confiance par rapport au processus, que le contrat soit limpide (nombre d’heures, lieu de la prestation, prix, termes de paiement) et que les règles d’éthique soient respectées. L’étude PriceWaterhouseCoopers réalisée pour l’ICF a prouvé que le retour sur investissement du coaching avoisine les 700% – l’efficacité du coaching est largement établie.

Comment créer l’intimité ?
Une relation de qualité passe ensuite par l’établissement d’une intimité qui permettra l’introspection, la complicité et la connivence. Autant d’éléments qui encourageront le client à se mettre en action.

Oser s’attacher à son client. Comme le précise John Bowlby dans son livre ‘A Secure Base: Clinical Application of Attachment Therapy’, le processus de l’attachement  passe par l’acceptation d’une future séparation. Parce que je sais que je vais mourir/me séparer de…, je me donne la permission de vivre pleinement ma vie ou la relation au temps présent. J’en profite en pleine conscience. Et pourquoi ne pas faire de même avec son client ? Sachant que le coaching est limité à un nombre d’heures défini par avance, qu’est-ce qui empêche le coach de créer un lien solide pendant ce temps ? Un lien où la complicité pourra naître, et de ce fait, engendrer la reconnaissance réciproque, l’esprit d’équipe et l’envie, pour le client, de se lancer dans l’action en se sentant bien soutenu et encouragé.

Se présenter, en toute simplicité. Contrairement à d’autres métiers tels que la psychothérapie, le coach peut parfaitement se présenter à son client lors de la première rencontre. De toute façon, son CV figure sur le site de l’ICF et/ou de l’EMCC. Dévoiler un peu de sa personnalité permet de créer le lien, tisser le ‘moi aussi’ avec le client, pour ensuite créer une meilleure complicité – « Moi aussi j’ai un enfant ou j’ai géré une équipe ou je fais du tennis, etc. ». Tout en conservant la distance et beaucoup de pudeur, bien sûr. Par la suite, le coach peut plus facilement entrer dans l’ombre de son client – lequel est le champion, tandis que le coach reste sur le banc. Un bon coach a su apprivoiser son Ego pour se présenter à sa juste place lors de la première rencontre et, ensuite, s’effacer pour permettre au client d’entrer dans la lumière et la réussite. L’humilité est une valeur-clé du coach.

Adopter la juste distance. Or, celle-ci s’avère culturelle. L’expression ‘à la longueur du bras’ est anglaise, le toucher plutôt latin, slave ou autres; certaines cultures insistent sur la distance tandis que d’autres encouragent le contact physique. En coaching, mieux vaut, dans notre culture, ne pas toucher son client sauf brièvement pour un ‘tope-là’ en cas de célébration et une poignée de mains de bienvenue, bien entendu. Tout est question de pudeur, une fois de plus, mais aussi de permission et d’adéquation à la situation. Exemple : faut-il prendre son client dans les bras ou lui tenir la main s’il exprime une grande tristesse ? Un coach peut être très intime en montrant une présence « soutenante » à travers une voix douce, une compassion dans le regard, et adopter un rythme de travail plus lent. Pas nécessairement par le toucher, car il risque de créer un ancrage negatif. Il m’arrive rarement de prendre un client dans mes bras sauf en cas de deuil et avec la demande explicite du client. Pourtant, l’intimité est bien présente : un cadre accueillant, une tasse de thé ou de café, un réel intérêt pour l’autre, une humanité qui passe par une écoute active, un regard encourageant, une authenticité dans l’expression de l’émotion, etc.

Seule exception, le coaching somatique où le coach utilise son corps comme un outil, comme une analogie. Juste un exemple pour mieux comprendre : le client se plaint d’avoir du poids sur les épaules ? Le coach, après avoir obtenu la permission expresse de son client de le toucher, va lui faire sentir ce poids sur ses épaules et c’est le client lui-même qui trouvera le moyen de s’en dégager.

Développer l’empathie. En coaching plus traditionnel, tout l’art est d’accompagner le client dans ses émotions sans tomber dans la psychothérapie. Le coach ne guérit pas la blessure du passé ; il peut simplement prendre l’information pour éclairer le présent et amener son client vers le présent et l’avenir. Il doit d’abord vérifier que l’émotion est bien authentique (attention aux « rires du pendu », ces rires nerveux qui cachent une tristesse, une colère ou une peur). Ensuite, avec beaucoup d’empathie, inviter le client à s’y connecter pour pouvoir en sortir. Si le coach constate que l’émotion est trop prégnante, il doit préciser à son client que l’on sort du champ du coaching et l’encourager – tout en finesse – de suivre une psychothérapie.  Faisons bien la différence entre les métiers. Pour les mêmes raisons, le coach veillera à ne pas faire intrusion dans la vie de son client, seulement à prendre l’information nécessaire – et avec la permission explicite de celui-ci – pour le permettre de poser les questions adéquates le menant à l’action.

Trouver le bon rythme. Enfin, le coach créera l’intimité par le rythme du coaching : d’une action rapide quand la personne est enthousiaste à propos d’un nouveau projet au rythme très lent quand la personne est en train de vivre un deuil (après avoir vérifié qu’il s’agit bien de coaching et non de psychothérapie).

Maintenir la complicité. Finalement, la véritable façon de créer une intimité n’est-elle pas tout simplement de créer une réelle complicité, une belle connivence ? Coach et client regardent ensemble dans la même direction, comme le disait St Exupéry, et ce sera le client qui avancera vers son autonomie, avec l’appui de son coach. Notre job, rappelons-le, est d’amener notre client à sa pleine puissance et autonomie, en homme ou femme adulte qu’il est déjà.

Sylviane Cannio, MCC