Lu dans le journal Le Soir du 8 juillet 2017 : « Depuis 1889, le kilogramme est défini par un étalon matériel. Il s’agit d’un cylindre composé à 90% de platine et à 10% d’iridium et conservé sous une triple cloche de verre du BIPM (Bureau international des poids et mesures), près de Paris. Une fois tous les trente ans environ, ce Graal de la métrologie, dénommé Grand K, est extrait de son coffre-fort à trois clefs – confiées à trois personnes différentes – et est comparé à six témoins, copies officielles conservées avec la même minutie. » Or, en 1946, il pesait déjà 30 microgrammes en moins, et même 50 de moins en 1992, soit le poids d’une aile de mouche. De quoi remettre en cause la fiabilité de l’étalon. Et Le Soir de poursuivre : « A partir de 2018, le kilo reposera sur une constante fondamentale liée à la physique quantique, à savoir la constante de Planck qui mesure la quantité d’énergie que peut transporter un unique photon (la particule de la lumière). » En quoi est-ce si fondamental de déterminer le poids exact ? A cause de l’effet domino : le newton, qui est l’unité de force, est défini à partir du kilo et le newton définit le joule, qui est l’unité d’énergie. Dès lors, la petite incertitude sur le kilo entache chaque mesure du monde physique.

On le voit : les certitudes tombent ou, du moins, demandent à être revisitées. Même les croyances les plus mesurées scientifiquement plient sous l’évolution de l’histoire. Combien de fois nous retrouvons-nous devant un client « sûr de ses certitudes », ancrées souvent depuis l’enfance et corroborées par leurs expériences de vie ? Un client qui, même s’il accepte un changement de croyance, a souvent bien du mal à en accepter les nouveaux comportements liés.

Et combien de fois n’est-ce pas le coach lui-même qui, du haut de ses certitudes, doit faire de son mieux pour atteindre ce fameux « écran blanc » qui lui permet de rester hors de tout jugement et ne pas « plaquer » son vécu sur celui de son client ?

C’est le défi le plus important du coaching. Et, par là-même, la différence fondamentale avec les autres professions d’aide à la personne et à l’organisation. En effet, le coaching appelle une position basse de la part du coach : son expérience de vie l’aide à formuler « la question puissante » (la question adéquate au moment propice), laquelle restera le plus souvent ouverte pour permettre au client de formuler sa réponse. En aucun cas, la question ne peut mener à un choix unique qui limiterait la capacité du client à générer sa propre solution.

De fait, ni coach ni client ne possèdent l’étalon-poids, le kilo de platine et d’iridium. Car le contexte du client est influencé à tout moment par les aléas de sa vie, et c’est d’ailleurs cela qui rend celle-ci autant intéressante.

En aucun cas, le coach ne conseille ou ne « plaque » sa perception d’une situation sur celle de son client. Il part du présupposé que son client connaît la réponse mais ne le sait pas encore. Les fameuses étapes de l’apprentissage de l’anthropologue Grégory Bateson sont ainsi bousculées : la compétence inconsciente (je ne sais pas que je sais) précède la compétence consciente (je sais que je sais). C’est toute la beauté du coaching : croire de façon inconditionnelle que le client possède déjà sa solution puisqu’elle est déjà appliquée à son contexte opérationnel.